RestezChezVousMaisPasEnSilence Une campagne de la Via Campesina

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La crise COVID19 s’étend et s’approfondit rapidement, mettant en évidence et exacerbant les inégalités existantes, notamment en matière de richesse, de santé, de racisme et de genre. Dans de nombreux pays, elle se transformera en une profonde crise sociale et économique où les plus vulnérables seront à nouveau les plus touchés : absence d’accès aux soins de santé, perte d’emploi et de revenus, coupure de l’électricité et de l’eau à cause de l’impossibilité de payer les factures et de nombreuses expulsions là où le loyers ne pourront plus être payé. Dans de nombreuses régions, une crise alimentaire majeure se profile également car les gens ne parviendront plus à payer leur nourriture.

Bien que l’agriculture communautaire et d’autres méthodes de vente directe semblent être une exception dans certaines régions, les marchés locaux sont souvent fermés et les paysans, les éleveurs, les bergers et les pêcheurs ne sont pas autorisés à livrer leurs produits aux consommateurs. En raison de mesures de confinement sévères et parfois brutales, les pêcheurs ne sont pas autorisés à aller pêcher et à vendre leurs prises, les éleveurs ne peuvent pas vendre leurs produits et les agriculteurs et les travailleurs agricoles ne peuvent pas effectuer les travaux d’une importance cruciale dans leurs champs pour garantir la sécurité des produits destinés à la consommation. Dans de nombreux pays, les travailleurs migrants dont dépendent bien souvent les agriculteurs ne peuvent pas se déplacer. La nourriture est laissée à pourrir dans les champs malgré l’augmentation considérable de la demande de nourriture locale saine.

Nous condamnons la violence dont sont victimes les paysans, les travailleurs migrants et agricoles, ainsi que les pauvres et les personnes vulnérables dans certains pays. Nous demandons aux gouvernements de faire preuve d’une plus grande prudence dans la gestion de cette crise et de ne pas imposer une force brutale aux populations.

Dans de nombreux pays, la priorité est donnée aux grandes entreprises alimentaires qui démontrent que leur modèle de livraison juste à temps, reposant sur une main-d’œuvre faiblement rémunérée et souvent précaire, ne permet pas de garantir que les denrées alimentaires restent sur les rayons des magasins en temps de crise.

Cette crise s’aggrave et nous continuerons à être pleinement solidaires de ceux qui seront durement touchés si nous n’agissons pas collectivement : les peuples indigènes, les travailleurs agricoles et alimentaires (dont beaucoup sont des migrants), les petits producteurs, y compris les paysans, les pêcheurs et les pasteurs mobiles, les migrants, les réfugiés, les personnes vivant dans des zones de guerre et de conflit, les pauvres des zones rurales et urbaines, les personnes n’ayant pas accès aux systèmes de santé publique et surtout les personnes vivant sans accès à l’eau courante propre, à la nourriture et aux installations sanitaires et sans possibilité d’éviter l’infection.

La solidarité au-delà des frontières et des mouvements est essentielle et nous devons construire notre réponse collective à cette crise, en organisant nos communautés, en mobilisant nos organisations pour prendre l’initiative, en donnant des orientations et en exigeant de nos gouvernements qu’ils canalisent les ressources vers ceux qui en ont le plus besoin. Ils doivent également organiser le libre accès à l’eau, à la nourriture, au logement et aux services de santé pour tous, garantir l’absence d’expulsions et assurer la production et la distribution de nourriture à petite échelle aux consommateurs locaux, une activité cruciale et indispensable à laquelle il faut donner la priorité pour garantir le droit à une alimentation saine et nutritive.

En tant que petits producteurs et consommateurs de denrées alimentaires et autres mouvements sociaux et ONG, nous sommes conscients de l’importance de mettre un terme à la transmission du virus. Dans plusieurs pays, nos organisations diffusent des recommandations sur la manière de se protéger et d’éviter la transmission. Nous trouverons des moyens appropriés pour transférer des aliments sains par le biais de marchés en plein air, de ventes directes pour les consommateurs, les écoliers, les hôpitaux et les maisons de soins. Nous mettons en place des comités locaux de solidarité pour garantir l’accès à la nourriture des sans-abris, des chômeurs et des secteurs les plus vulnérables de la population.

Le Groupe d’Experts de Haut Niveau sur la Sécurité Alimentaire et la Nutrition du Comité des Nations Unies sur la Sécurité Alimentaire Mondiale a récemment recommandé que tous les gouvernements doivent “soutenir les communautés locales et les citoyens pour augmenter la production alimentaire locale (y compris les jardins familiaux et communautaires) par des mesures de stimulation appropriées (en espèces et en nature) pour renforcer la résilience alimentaire”. Tous les gouvernements doivent également assurer et soutenir le fonctionnement des marchés locaux et de vente directe avec les nouvelles mesures de protection de toutes les personnes concernées, en veillant à garantir les approvisionnements alimentaires essentiels. Les gouvernements devraient également renforcer les programmes de marchés publics décentralisés et mobiles qui peuvent garantir les ventes pour les petits producteurs et rendre la nourriture disponible pour ceux qui en ont besoin. Les programmes publics existants pour les enfants et pour tous ceux qui souffrent de la faim doivent être considérablement améliorés et étendus. De nouveaux programmes de protection sociale doivent être mis en place pour les millions de personnes qui seront confrontées à la faim ou à la perte de leurs moyens de subsistance.

Le soutien public gouvernemental pour faire face à cette crise doit aller aux plus vulnérables et aux plus marginalisés de nos sociétés : nous devons assurer la sécurité sociale des groupes les plus vulnérables, y compris les petits producteurs qui peuvent être confrontés à de graves difficultés économiques à cause de cette crise. Nous exigeons des revenus stables et décents pour les petits producteurs, ainsi que des salaires et des conditions adéquates pour les travailleurs ruraux tant qu’une protection spécifique pour les travailleurs migrants saisonniers et déplacés ayant des problèmes de documentation ou pour les résidents en situation précaire.

Nous nous joignons aux demandes des syndicats et autres mouvements sociaux pour mettre fin aux expulsions, abandonner les politiques d’austérité et augmenter immédiatement les budgets publics de la santé et de la sécurité sociale afin de garantir une protection sociale universelle et un accès gratuit aux soins de santé. De même, nous soutenons l’appel en faveur d’un allégement immédiat de la dette qui permettrait de réaffecter des ressources déjà disponibles dans les pays en développement. Les ressources doivent aller du paiement des intérêts et des remboursements à la santé, à la protection sociale et à d’autres mesures immédiates. Nous demandons également des incitations économiques appropriées, telles que des subventions et des réductions d’impôts pour les petits producteurs, et nous soutenons les approches transformatrices, comme l’agroécologie, qui ont un énorme potentiel pour transformer les systèmes alimentaires.

Il est inacceptable que les secteurs vulnérables ne soient pas soutenus et que les petits producteurs fassent faillite et que les travailleurs agricoles et alimentaires (dont beaucoup sont des migrants) n’aient pas d’emploi et donc pas accès à la nourriture, alors que le secteur des entreprises absorbe les ressources publiques essentielles. Il est inacceptable que cette crise renforce le système alimentaire industriel qui détruit l’environnement et a contribué à la crise sanitaire actuelle, génère la pauvreté et la faim et nous impose la malbouffe qui a conduit à des maladies répandues comme l’obésité et le diabète, qui ont rendu les gens encore plus vulnérables à la COVID19. En outre, au vu des preuves scientifiques, la relation entre les récentes épidémies récurrentes, les nouvelles épizooties et l’agroalimentaire et l’extractivisme ( soit par la destruction des habitats et/ou l’intensification des élevages) est claire. Nous demandons des mesures immédiates pour amorcer une transition vers des systèmes alimentaires agroécologiques et pour passer de l’élevage industriel à des systèmes pastoraux mobiles circulaires et à l’élevage extensif dans le cadre de systèmes agricoles mixtes.

La crise actuelle ne peut pas permettre d’étendre le programme néolibéral des entreprises avec des renflouements de méga-corporations, des oligopoles croissants et la destruction de systèmes alimentaires locaux résistants.

En temps de crise, les droits de l’homme sont plus importants que jamais. Il n’y aura pas de réponse efficace à la pandémie si les gouvernements utilisent abusivement des mesures extraordinaires pour accroître la répression et protéger les intérêts de quelques privilégiés.

Cette pandémie a dévoilé et aggravé les conditions d’inégalité et de précarité qui laissent des millions de personnes vulnérables à la perte soudaine de leurs moyens de survie : en tant qu’organisations de petits producteurs alimentaires, il est crucial de se mobiliser, de construire des alliances et des initiatives fortes, d’exercer des pressions dans les médias et sur nos gouvernements et de faire avancer notre combat sur le terrain.

Nous devons maintenir et renforcer la production alimentaire locale à petite échelle afin d’accroître l’accès à une alimentation saine pour tous, et simultanément lutter pour l’amélioration des systèmes de santé publique et de protection sociale pour tous.

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